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Le portage salarial n’est plus un phénomène de niche. Dix ans après son encadrement par l’ordonnance de 2015, le secteur s’est profondément structuré, professionnalisé et ancré dans le paysage du travail français. Le Rapport de branche du portage salarial 2025, commandé par les partenaires sociaux et réalisé par le cabinet spécialisé La Faabrick Cherdet, dresse un état des lieux saisissant d’un marché en pleine maturité.

Chiffre d’affaires qui dépasse les 2 milliards d’euros, nombre de salariés portés en progression constante, rémunérations en forte hausse, CDI devenu majoritaire… les indicateurs convergent tous dans le même sens. Voici une analyse détaillée de ce que révèlent ces données, et ce qu’elles signifient concrètement si vous envisagez de vous lancer en portage salarial.

Source des données :Rapport de branche du portage salarial 2025, réalisé par La Faabrick Cherdet pour les partenaires sociaux de la branche. Données Insee 2022 et enquête terrain 2024.

Un secteur qui a pratiquement triplé en sept ans

518 entreprises actives : le portage salarial attire de nouveaux acteurs

En 2015, l’Insee recensait 225 entreprises de portage salarial actives sur le territoire français. En 2022, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, ce chiffre a plus que doublé pour atteindre 518 entreprises actives,  soit une hausse de plus de 40 % sur les seules trois dernières années mesurées.

Selon le Rapport de branche 2025, cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs convergents. La sécurisation du cadre légal : l’ordonnance de 2015 d’abord, puis la convention collective de branche étendue en avril 2017 a considérablement renforcé la lisibilité du modèle pour les entrepreneurs. Le mouvement post-Covid, avec ses nouvelles aspirations professionnelles et l’essor du télétravail, semble avoir amplifié ce mouvement en favorisant la création de nouvelles structures.

2,05 milliards d’euros de chiffre d’affaires : le cap symbolique est franchi

C’est l’un des chiffres les plus marquants du rapport : en 2022, le chiffre d’affaires estimé du secteur du portage salarial atteint 2,05 milliards d’euros. Pour mémoire, il franchissait le cap du milliard d’euros pour la première fois en 2018. En sept ans, le secteur a donc pratiquement triplé de volume.

Cette estimation, produite par La Faabrick Cherdet à partir des données de rémunération issues de l’Insee, repose sur des hypothèses documentées : 45 % de cotisations patronales, 15 % de frais professionnels et épargne salariale, 8 % de frais de gestion moyens.

La masse salariale brute, elle, s’établit à 1,12 milliard d’euros en 2022, en progression de 31 % sur un an ; la plus forte hausse enregistrée depuis l’existence du rapport de branche. Après une hausse de 24 % en 2021, la masse salariale a ainsi progressé de 62 % en trois ans.

43 127 salariés portés : qui sont-ils vraiment ?

Un profil cadre, qualifié, et une population qui rajeunit

Le portage salarial reste, structurellement, un dispositif de cadres et de professions intellectuelles supérieures. En 2022, 83 % des salariés portés appartiennent à cette catégorie socioprofessionnelle, selon les données de l’Insee. Ce chiffre est encore plus élevé chez les hommes (86 %), là où les femmes sont proportionnellement plus représentées dans les professions intermédiaires.

Autre tendance notable soulignée par le Rapport de branche 2025 : l’âge moyen des salariés portés est en légère baisse. Il atteint 45,2 ans en 2022, contre 45,7 ans l’année précédente. Un signal qui traduit l’attractivité croissante du modèle auprès des générations plus jeunes de professionnels indépendants.

Géographiquement, le portage salarial est bien implanté sur l’ensemble du territoire : 57 % des salariés portés résident hors ÃŽle-de-France en 2022. L’Auvergne-Rhône-Alpes arrive en deuxième position avec 11 % des effectifs, devant les Hauts-de-France (7 %) et l’Occitanie (6 %).

Le CDI s’impose comme le contrat de référence

L’une des évolutions les plus significatives documentées par le rapport concerne le type de contrat. En 2022, 67 % des salariés portés sont en CDI, contre seulement 35 % en 2015. Une progression ininterrompue depuis sept ans, directement liée à l’ordonnance du 2 avril 2015 qui a introduit le contrat à durée indéterminée dans le portage salarial.

Cet essor du CDI n’est pas anodin : il confère aux consultants portés des droits et des avantages concrets. Disposer d’un contrat de travail en CDI et de fiches de paie régulières facilite considérablement l’accès au crédit immobilier, à la location, et aux services d’Action Logement (aide à l’accession à la propriété, accès au parc locatif social). Le rapport indique que 30 % des entreprises de portage ont déjà fait appel aux services d’Action Logement pour l’un de leurs salariés portés, un avantage souvent méconnu du grand public.

Des inégalités femmes/hommes qui restent préoccupantes

Le rapport ne passe pas sous silence les écarts persistants entre hommes et femmes. En 2022, les femmes ne représentent plus que 35 % des salariés portés, une proportion en recul depuis deux ans. Au-delà du nombre, les inégalités de rémunération sont documentées avec précision.

La rémunération brute annuelle moyenne des femmes s’établit à 21 418 euros, contre 30 626 euros pour les hommes, soit un écart de 30 %. Sur le plan horaire, les femmes perçoivent 34,9 euros de l’heure en moyenne, contre 39,9 euros pour les hommes, un écart de 12 %, en réduction par rapport aux 15 % observés en 2021. Les partenaires sociaux ont décidé de financer des actions conventionnelles pour accompagner la réduction de cet écart, notamment sur la formation à la négociation tarifaire.

Ce que gagnent réellement les consultants portés

Une rémunération horaire en forte progression

En 2022, la rémunération brute horaire moyenne d’un salarié porté atteint 38,4 euros, en hausse de 12 % sur un an. Il s’agit de la progression annuelle la plus forte enregistrée depuis que le Rapport de branche suit cet indicateur.

Cette hausse traduit un phénomène de fond : les consultants ont négocié des missions à des taux journaliers plus élevés, signe d’un marché de l’expertise qui valorise les compétences des indépendants. En équivalent temps plein, la rémunération brute annuelle atteint 69 913 euros en 2022, en croissance de 12 % par rapport à l’année précédente.

Des revenus très variables selon le niveau d’activité

Il faut toutefois nuancer ce tableau avec une donnée structurelle importante : en 2022, les salariés portés ont travaillé en moyenne 714 heures sur l’année, soit environ 40 % d’un temps plein classique. Le portage salarial permet de travailler à temps partiel choisi, de combiner plusieurs activités, ou de se lancer progressivement.

La répartition des salariés selon leurs revenus illustre cette diversité de situations. Selon les données de l’Insee analysées dans le rapport :

  • 26 % des salariés portés ont gagné plus de 40 000 euros bruts en 2022 (contre 12 % en 2016)
  • 37 % ont perçu moins de 10 000 euros bruts sur l’année (contre 58 % en 2016)

En six ans, la structure de rémunération du secteur s’est donc profondément transformée : moins de petits revenus, plus de revenus élevés. Une tendance qui reflète à la fois la montée en compétences des consultants portés et la professionnalisation croissante du secteur.

Ce que font vraiment les entreprises de portage : bien plus qu’une gestion de paie

L’accompagnement personnalisé est devenu la norme

Une idée reçue tenace réduit le portage salarial à une simple mécanique de transformation du chiffre d’affaires en salaire. Le Rapport de branche 2025 bat en brèche cette vision. Selon l’enquête menée en 2024 auprès de 57 entreprises représentant près d’un tiers du secteur, 95 % des entreprises de portage proposent un accompagnement personnalisé à leurs consultants, et 96 % prennent en charge la gestion des frais professionnels.

La transition du salariat vers l’indépendance est souvent délicate : apprendre à fixer ses tarifs, prospecter des clients, construire son offre de service, gérer sa relation commerciale. Les entreprises de portage salarial ont clairement investi ce terrain. Près de la moitié d’entre elles proposent des formations lors du parcours d’accueil (44 %), et 30 % organisent des formations spécifiques à la négociation de prix ou à la posture de consultant.

Des domaines d’activité très variés

Le portage salarial est un dispositif transversal, et c’est l’une de ses forces. Selon l’enquête 2024, les prestations informatiques arrivent largement en tête des activités exercées : 91 % des entreprises de portage accueillent au moins un consultant IT. Suivent la gestion de projet (citée par 49 % des EPS parmi les trois domaines les plus représentés) et le management de transition (37 %).

Mais la palette est bien plus large : expertise technique, conseil en stratégie, ressources humaines, communication, formation, finance… Cette diversité explique pourquoi la grande majorité des entreprises de portage ont opté pour un positionnement généraliste. La formation mérite une attention particulière : 63 % des entreprises interrogées comptent des consultants exerçant des activités de formation, et 53 % des EPS sont elles-mêmes organismes de formation, dont 77 % ont obtenu la certification Qualiopi.

L’épargne salariale : un avantage sous-estimé

Le rapport met en lumière la question de l’épargne salariale, dispositif encore inégalement déployé dans la branche. Si 60 % des EPS n’avaient pas mis en place de dispositif en 2024, celles qui l’avaient fait représentaient 85 % des salariés portés couverts par les réponses au questionnaire. Autrement dit, la majorité des consultants portés ont potentiellement accès à des mécanismes d’épargne entreprise ou retraite, un avantage non négligeable par rapport au statut de micro-entrepreneur.

Ce que ces chiffres signifient pour vous en 2025

Les données du Rapport de branche 2025 envoient un message clair : le portage salarial est un marché solide, en croissance régulière, qui offre des conditions économiques de plus en plus favorables à ses participants. Pour un consultant qui hésite entre la création d’une micro-entreprise, d’une SASU ou le portage salarial, les indicateurs plaident en faveur de cette dernière option sur plusieurs dimensions :

La sécurité juridique et sociale : couverture chômage, mutuelle, retraite, prévoyance, cotisations sociales, tout est géré par l’entreprise de portage. Le CDI, désormais majoritaire dans le secteur, facilite également l’accès au crédit et au logement.

La progression des rémunérations : avec un taux horaire moyen de 38,4 euros en 2022, en hausse régulière depuis 2015, le portage salarial permet de valoriser son expertise à des niveaux compétitifs.

L’accompagnement : au-delà de la gestion administrative, les meilleures entreprises de portage jouent un rôle d’accélérateur d’activité.

La flexibilité : travailler 714 heures par an en moyenne n’est pas une faiblesse du modèle. C’est ce qui permet à de nombreux consultants de combiner des missions variées, de maintenir des activités parallèles, ou de trouver progressivement leur rythme.

Conclusion : le portage salarial confirme sa place comme 3ᵉ voie du travail

Le Rapport de branche du portage salarial 2025 dresse le portrait d’un secteur entré dans sa maturité. Avec 2,05 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 518 entreprises actives, plus de 43 000 salariés portés et des rémunérations en progression constante, le portage salarial s’est imposé comme une alternative crédible et structurée entre le salariat classique et l’entrepreneuriat indépendant.

Si les inégalités femmes/hommes restent un chantier ouvert pour la branche, les tendances de fond sont encourageantes : rajeunissement de la population, progression du CDI, hausse des revenus, professionnalisation croissante des entreprises de portage. Des signaux qui augurent bien d’un secteur qui n’a probablement pas encore atteint son plafond de croissance.

Toutes les données citées dans cet article sont issues du Rapport de branche du portage salarial 2025, réalisé par La Faabrick Cherdet pour les partenaires sociaux de la branche (PEPS Syndicat). Les données quantitatives proviennent des déclarations sociales nominatives (DSN) traitées par l’Insee pour les années 2021 et 2022, complétées par les résultats d’une enquête terrain menée en 2024 auprès de 57 entreprises représentant 177 structures et 15 214 salariés portés. Le rapport est disponible en accès libre sur le site de PEPS .