La mobilité professionnelle en Europe s’est fortement accélérée ces dernières années. Télétravail, missions internationales, clients basés dans plusieurs pays : le marché de l’emploi s’est ouvert, porté par la croissance du numérique et l’essor du freelancing. En France comme ailleurs, de plus en plus d’indépendants et de consultants choisissent de travailler au-delà des frontières, attirés par de nouvelles opportunités de missions et par une plus grande liberté dans leur activité.
Cette ouverture du marché soulève une question cruciale : quel statut choisir pour travailler en Europe tout en sécurisant son parcours professionnel ? Entre freelancing classique et portage salarial en France, les différences sont nombreuses en matière de protection sociale et de gestion administrative. ITG vous explique en quoi le portage salarial constitue une solution attractive pour travailler en Europe.
Le freelancing en Europe : une réalité hétérogène
1,8 million de travailleurs transfrontaliers ont été déclarés en Europe en 2023, selon la Commission européenne. Il n’existe cependant pas de statut unique de freelance ou d’indépendant en Europe. Chaque pays applique ses propres règles en matière de travail indépendant, de fiscalité et de protection sociale.
Selon les pays, le freelance peut exercer sous des formes différentes : micro-entrepreneur en France, sole trader au Royaume-Uni, zelfstandige aux Pays-Bas ou autónomo en Espagne. Dans tous les cas, la responsabilité individuelle est forte. Le freelance doit assurer seul la gestion de son activité, ses charges sociales, sa retraite, sa couverture santé et son assurance professionnelle.
Simplifiés sur le plan administratif, ces statuts d’entrepreneur individuel sans personnalité morale distincte offrent une grande liberté et un accès direct au marché européen des missions freelances, notamment dans l’informatique, le conseil ou les services. Mais ils exposent aussi les freelances à des risques financiers, juridiques, fiscaux et sociaux, surtout lorsqu’ils multiplient les clients dans plusieurs pays.
Les limites du freelancing en Europe
Le principal inconvénient du freelancing classique en Europe réside dans l’étendue de la protection sociale offerte aux travailleurs. Dans de nombreux pays, la couverture maladie, la retraite ou la prévoyance restent partielles ou optionnelles. En cas de maladie, d’accident ou de baisse d’activité, les indépendants peuvent rapidement se retrouver en situation de précarité.
La gestion administrative constitue un autre frein. TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée) intracommunautaire, déclarations fiscales, conformité juridique avec les règles de chaque pays : s’il travaille avec plusieurs clients étrangers, le freelance doit maîtriser des dispositifs complexes, parfois éloignés du cadre français. Cette charge administrative mobilise du temps et peut entraîner des erreurs coûteuses.
En France, le statut de micro-entrepreneur présente des limites comparables, avec une protection sociale réduite, une absence d’allocation chômage, des plafonds de chiffre d’affaires et une reconnaissance limitée auprès des grandes entreprises ou des ESN (Entreprises de Services du Numérique). À long terme, ces contraintes peuvent freiner le parcours professionnel.
Le portage salarial en France : un modèle hybride et sécurisant
Le portage salarial constitue une spécificité française. Encadré par le Code du travail depuis 2008, il combine les avantages du salariat et de l’indépendance. Des équivalents existent dans certains pays européens, comme l’umbrella company au Royaume-Uni ou le payrolling aux Pays-Bas. Dans ce cadre, le professionnel exerce son activité de consultant freelance, tout en bénéficiant du statut de salarié auprès d’une société de portage.
Ce modèle repose sur une relation tripartite entre le consultant, l’entreprise cliente et la société de portage salarial. Le salarié porté prospecte, négocie ses missions et fixe ses tarifs en toute liberté. En parallèle, la société de portage gère les aspects administratifs et sociaux et lui procure un contrat de travail.
Le portage salarial donne accès au régime général de la sécurité sociale : arrêts maladie, congés maternité et paternité, retraite et chômage, sous certaines conditions. Il offre également la possibilité de signer un CDI (Contrat à Durée Indéterminée), tout en conservant une grande flexibilité dans l’organisation du travail. Ce cadre sécurisé constitue une alternative solide au freelancing classique, notamment pour travailler avec des clients européens.
À quels profils le portage salarial est-il adapté ?
Le portage salarial s’adresse en premier lieu aux professionnels qualifiés, réalisant des prestations de service auprès des entreprises :
- Consultants ;
- Cadres ;
- Experts en informatique, data, marketing ou finance ;
- Ingénieurs.
Ces indépendants expérimentés bénéficient d’un réseau solide, acquis pendant leurs premières années dans le monde du travail en tant que salariés et leur permettant de décrocher leurs premières missions.
Le portage salarial s’adresse aussi aux consultants souhaitant accroître leurs revenus ou aux seniors cherchant à trouver un meilleur compromis entre vie professionnelle et personnelle à l’approche de la retraite.
Ce statut attire également les professionnels en quête d’un équilibre entre liberté et sécurité. Les indépendants qui souhaitent conserver leur autonomie, tout en bénéficiant d’une protection sociale solide et d’un CDI, trouvent dans le portage salarial une solution adaptée, notamment s’ils envisagent un emprunt bancaire, par exemple pour un achat immobilier.
Portage salarial en Europe : un levier stratégique pour les entreprises
Du côté des entreprises, le portage salarial répond aux enjeux de flexibilité et de sécurisation des collaborations internationales. Travailler avec un consultant porté permet de réduire les risques juridiques liés au recours à des freelances étrangers, tout en maîtrisant les coûts avec des missions courtes, évitant les risques encourus lors d’un recrutement.
Pour les entreprises européennes, ce modèle offre une solution simple, avec un contrat clair, encadré par la loi française et assorti d’une facturation conforme. Il facilite l’accès à des compétences recherchées, auprès de professionnels privilégiant l’autonomie et la liberté au salariat, sans pour autant alourdir la structure interne ni multiplier les contraintes réglementaires.
Les sociétés de portage jouent ainsi un rôle d’intermédiaire auprès des entreprises. Elles permettent de maîtriser les variations de charge en mettant à disposition des professionnels qualifiés, mais aussi de trouver l’expert le plus apte à réaliser une mission ou de poursuivre une collaboration avec de jeunes retraités après leur départ.
En Europe, le freelancing ouvre de nombreuses portes, mais il expose aussi les indépendants à des risques en matière de protection sociale et de gestion administrative ou juridique. Le portage salarial français se distingue alors comme une solution efficace pour travailler en Europe tout en conjuguant liberté et sécurité.
